Le suffrage négatifSymptômes : La nouvelle féodalité

Le délire du suffrage négatif

Les sondages, fort utilisés en politique, révèlent souvent le peu de foi des électeurs envers les prétendants aux fauteuils d’élus. Mais, comme il faut bien voter, chaque électeur qui juge utile de se déplacer utilise son bulletin de vote de manière plus ou moins rationnelle.

Il y a certes l’immense minorité des convaincus, fans de tel ou tel candidat, quasi persuadés qu’il guérit les écrouelles, et qui le suivraient les yeux fermés au bout du monde. L’espèce semble être en voie d’extinction.

Et puis il y a les autres, les nombreux déçus de la politique et des promesses non tenues, sans oublier les abstentionnistes convaincus qui savent bien que, au fond, quelle que soit l’issue du scrutin, ils seront les dindons de la farce.

Pour ceux-là – l’immense majorité – trois attitudes sont possibles:

– s’abstenir,

– choisir un candidat sans le moindre enthousiasme,

– où voter contre un candidat qui leur est antipathique ou dont le programme leur paraît plus nocif que celui de ses concurrents.

Il convient dans ce cas d’éliminer le nocif. Or, la seule possibilité de le faire est de voter sans la moindre conviction pour son adversaire. C’est le fondement même du vote négatif. C’est aussi celui d’une fantastique machine à faire élire un candidat en lui opposant un épouvantail à électeurs…

Il n’est malheureusement pas possible de voter contre un candidat dans le système électoral actuel. On ne peut voter que pour quelqu’un.

La tactique usuelle consiste à voter pour un candidat potable parmi ceux qui ont le plus de chance de l’emporter afin d’éviter de subir le candidat dont on ne veut en aucun cas.

Il suffit alors que des médias ayant quelques arrière-pensées fassent la promotion d’un épouvantail à électeurs. Avec un peu de chance, ledit épouvantail se retrouvera au second tour d’une élection majeure, ce qui permettra immanquablement, par ce tour de passe-passe électoral de faire gagner le candidat « potable ».

C’est suivant ce type de votation que la plupart de nos gouvernants sont élus, du député au président de la république. Ce principe négatif représente un moteur fondamental dans la dynamique électorale. C’est lui qui fait toujours la différence. Pourtant, il est rarement évoqué par les politologues et les spécialistes de l’analyse électorale qui ne savent ni comment ni où classer ce type de réaction désabusée.

Ce comportement a été plus que criant lors des élections présidentielles de 2017 où, pendant les « primaires » organisées par différents partis politiques, les électeurs se sont amusés à pratiquer le dégagisme à haute dose en virant les têtes connues pour les remplacer par de nouvelles. Cela s’est fait, bien entendu, sans que quiconque ait la moindre garantie qu’un nouveau venu, tout beau tout frais, se montrerait plus compétent qu’un vieux briscard de la politique fraîchement évincé…

Vous qui me lisez, combien de fois avez-vous voté pour un candidat simplement pour barrer la route à un autre?

Les coûteux sondages qui nous tiennent en haleine à longueur de journaux radios et télévisés ne tiennent curieusement jamais compte de cette réalité. Pourtant, dans les faits, nous sommes gouvernés par des gens qui sont en place parce que nous ne voulons pas – ou plus – des autres candidats. C’est exaltant ne trouvez-vous pas?

Un peu d’imagination: un bulletin pour, un bulletin contre

Faisons de la politique-fiction: Imaginons un système électoral ayant pris le vote négatif en compte.

Dans ce contexte, les électeurs disposeraient de deux bulletins: un bulletin pour, afin de désigner le candidat de leur choix dont le programme leur paraît être le meilleur, et un bulletin contre, pour exprimer leur rejet d’un autre candidat.

Au dépouillage, les bulletins contre viendraient au décompte des bulletins pour. La balance entre les voix pour et les voix contre donnerait une idée plus juste du sentiment de l’opinion. Finalement, avec un tel système, c’est le candidat qui aurait le moins d’ennemis qui remporterait le suffrage.

L’idée qui vient d’être exposée est originale. Il est toutefois permis de douter que, même si un tel système électoral était mis en place, il apporterait un grand changement dans l’harmonisation des relations entre les gouvernants et les gouvernés car, l’histoire nous l’enseigne et nous allons longuement revenir là-dessus, la nature de la politique pure est de se diviser continuellement contre elle-même.

CONSTAT

Nous sommes gouvernés, non par des gens pour qui nous avons voté mais par des élus qui ont largement bénéficié du rejet de leurs adversaires.

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Jean-Michel Grandsire

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