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Synarchie : Un terme controversé

Complot ? Idée de génie ? Ovni politique ?

La synarchie ne cesse de faire fantasmer au point qu’on ne sait pas de quoi l’on parle quand on évoque ce mot.

Quelques définitions pour y voir plus clair…

Le Robert définit le mot synarchie en ces termes : « Gouvernement exercé par plusieurs groupes à la fois ». C’est le sens même que lui attribuait Saint Yves, qui employa ce mot dès 1878.

Le mot synarchie, inventé en fait par un certain Buchez, n’avait été utilisé par Saint Yves et ses disciples que pour désigner l’alliance de la loi politique des gouvernants avec la loi sociale des gouvernés.

Dans son livre, La synarchie, Jacques Weiss développe la définition :

« Définition en une ligne : Étymologiquement, Synarchie signifie gouvernement avec principes.

Commentaire : Dans ce sens, le terme s’oppose à tous les gouvernements contemporains qui fonctionnent en anarchie, c’est-à-dire sans principes. Les ambitieux, les plus rusés ou les plus forts s’emparent du pouvoir, au besoin en se servant du suffrage universel comme paravent, mais en le méprisant quasi ouvertement dans les discussions secrètes d’où dépendra le sort de la nation.

Philippe Buchez (1796-1865) est le premier à avoir utilisé le mot synarchie

Définition en trois lignes : La synarchie est une forme de gouvernement où les hommes qui disposent du pouvoir sont subordonnés à ceux qui disposent de l’autorité.

Commentaire : L’Autorité appartient par nature au Corps enseignant réunissant toutes les institutions du pays qui font profession d’enseigner, depuis les écoles de métiers jusqu’aux ordres religieux et à l’armée, en passant par les universités et les collèges. Dans le système synarchique, le Corps enseignant est personnifié par un chef qui portait autrefois le titre de Souverain pontife, mais qui pourrait aussi bien être un laïc, si ce laïc était désigné d’après ses mérites par le Corps enseignant. Le chef du gouvernement exécutif, ainsi que tous les fonctionnaires sont choisis à l’examen par des jurys ou corps enseignants appropriés. Ils sont révoqués de même. Nul ne peut donc abuser du pouvoir ni s’en emparer par ruse ou violence sans détruire la synarchie. Le responsable de l’éducation ne dispose que de sa science et du respect général pour asseoir son autorité. Le chef du gouvernement dispose de la police et de la force armée pour exécuter sa mission de pouvoir politique, et pourtant il reste subordonné à une autorité.

 

Définition en dix lignes : La synarchie est une formule de gouvernement trinitaire, où les trois fonctions essentielles de l’activité collective des sociétés, Enseignement, Justice, et Économie, sont représentées d’une manière qui leur permet de fonctionner harmonieusement. Pour cela, il existe trois Chambres sociales et non politiques, élues professionnellement au suffrage universel. Elles sont seules chargées de la préparation des lois.

À ces trois Chambres correspondent trois Corps politiques chargés de promulguer et d’appliquer les lois préparées avec mandat impératif par les trois Chambres sociales. Les Corps politiques ne peuvent promulguer que des lois préparées à l’avance par ces Chambres sociales et formulées par elles sous la forme de vœux.

Commentaire : Cette formule supprime le divorce entre gouvernés et gouvernants. Actuellement, beaucoup de gouvernés s’imaginent qu’ils disposent du pouvoir parce qu’on leur donne un bulletin de vote et qu’on parle de suffrage universel. Mais ils s’aperçoivent bientôt que le système fonctionne à l’encontre de leurs vœux. Cela tient à ce que l’autorité ne se délègue pas. Elle s’exerce, et appartient à celui qui est capable d’enseigner les autres, parce qu’il est plus avancé dans la voie de l’initiation. »

Saint-Yves d’Alveydre théorisa la synarchie dans cinq livres connues sous le nom de “Missions”.

Destin contraire

Curieusement, à compter des années 1940, le mot synarchie va être détourné de son sens originel pour être assimilé à l’action de groupes occultes des plus troubles.

Les lecteurs intéressés par ce sujet  peuvent se reporter aux deux livres de Jean Saunier (La synarchie, éd. Grasset, 1971, épuisé, et Saint-Yves d’Aleveydre, Dervy; 1981, épuisé) qui a fait sur ce thème un travail de recherche absolument remarquable.

Pour information, voici globalement résumés les divers sens divergents donnés au mot synarchie :

– L’« Union Sinarquista ».

En 1937, un mouvement mexicain portait ce nom. Son idéologie relevait d’un nationalisme réactionnaire et fascisant. Il ne doit rien à Saint Yves ni à son œuvre.

Le mot synarchie avait été introduit au Mexique en 1914 par un occultiste du nom de Thomas Rosales, bien avant l’apparition de ce mouvement de masse qui en usurpa le nom.

Complot politique

– À partir de l’occupation allemande, des « montages » politiques particulièrement troubles désignèrent sous le nom de synarchie un complot qui aurait eu pour but de détruire l’économie française et de susciter sa défaite face à l’Allemagne nazie…

– Toujours sous l’occupation, le mot synarchie servit à désigner le groupe des ministres du gouvernement Darlan, groupés autour de Pierre Pucheu, qui se faisaient l’écho de vagues théories d’avant-guerre relatives à la création d’un « Ordre nouveau »…

– À la même époque, et à la Libération encore, le mot synarchie désigna une série de complots toujours restés indéfinis. Jean Saunier précise à ce propos : « Il est d’ailleurs vain de rechercher une signification unique du terme qui peut alors s’appliquer aux comportements politiques les plus contradictoires… Le moindre paradoxe est qu’à trois ans de distance, Marcel Déat et Pierre Hervé (alors communiste) aient pu l’utiliser pour polémiquer contre les mêmes personnages ou pour les accabler. » (Jacques Weiss, La synarchie, page 364)

– Depuis la Libération, le mot synarchie sert à désigner diverses formes de la technocratie visant à rationaliser le système capitaliste.

Dans ce sens, « synarque » et « énarque » deviennent synonymes, à ce détail prêt que le « synarque » est plus qu’un simple haut fonctionnaire national. Il a une stature internationale et participe à des clubs discrets et puissants du monde capitaliste : « Club de Rome », « Groupe de Bilderberg », « Trilatérale », etc.

C’est ainsi que le terme synarchie a été peu à peu vidé de sa substance originelle et originale.

Délires conspirationnistes

Pour les conspirationnistes, la synarchie est devenue un vocable fourre-tout pour expliquer les ressorts secrets de l’Histoire. Les gouvernements seraient manipulés depuis les temps les plus reculés par des groupes occultes aussi puissants qu’insaisissables. Le mot « synarchie » sert alors à désigner l’action de ces groupes.

Cela a donné lieu à une littérature pour le moins hétéroclite comme Du viol des foules à la Synarchie ou le complot permanent, de Yann Moncomble, dont le titre est tout un programme à lui seul.

Dans son magistral ouvrage Le pendule de Foucault, Umberto Ecco a clairement démontré l’inanité des thèses conspirationnistes.

Mais l’amalgame persiste, aussi n’ose-t-on plus prononcer le mot synarchie sans sombrer dans d’interminables polémiques.

Cela n’empêchera pas certains esprits paranoïaques de raviver la thèse du complot !

Pourtant, les choses sont claires : les propositions de Saint Yves d’Alveydre présentées sur ce site ont été exposées au grand jour et ses idées, loin de vouloir fomenter quelque mauvais coup, veulent au contraire apporter du mieux à une société qui en a assurément besoin.

 

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Jean-Michel Grandsire

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