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La synarchie : une démocratie sans partis

Qu’est-ce que la synarchie ? Quels sont ses principes fondamentaux ? Comment fonctionnerait-elle si elle était appliquée et en quoi se différencie-t-elle des courants antipolitiques connus ? Éléments de réponses…

 

Quand la loi politique gouvernementale est appliquée seule, sans que des pouvoirs sociaux en équilibrent l’action, elle mène inexorablement à une forme de chaos plus ou moins contrôlé et contrôlable.

Dans l’optique synarchique, les réformes ne peuvent venir que de l’alliance entre les pouvoirs sociaux des gouvernés et les pouvoirs politiques des gouvernants. Le salut ne saurait émaner de personne, d’aucun groupe, d’aucune catégorie sociale, d’aucun parti, d’aucun sauveur illusoire. Il n’y a rien à attendre de ceux qui s’imaginent que c’est en s’emparant et en exerçant le pouvoir que l’on pourra changer quoi que ce soit en profondeur.

C’est en cela que la synarchie se démarque de tous les courants antipolitiques qui se sont fait connaître ces derniers temps. Il n’appelle pas à un changement de pouvoir mais il propose une nouvelle voie, pacifique et fédératrice.

 

La représentation politique a naturellement beaucoup changé dans ses formes depuis 1789. Depuis cette époque, de grandes mutations ont eu lieu au sein du système de gouvernance.

Les systèmes parlementaires « purs » ont fonctionné durant une bonne partie du xixe siècle pour céder la place à des partis de masse de plus en plus prédominants. Les « appareils » sont alors devenus essentiels dans les prises de décision.

Dans les années 1970, les médias ont commencé à jouer un rôle déterminant, très vite relayés par les lobbies, tant économiques qu’idéologiques dont il est question dans d’autres articles publiés sur ce site. Commença alors une ère où la « communication » est devenue reine et où la politique spectacle, l’influence des sondages et les techniques marketing, est devenue partie prenante. Mais chaque médaille a son revers. De manière insidieuse, la pensée unique et la déculturation se sont faufilées dans l’engrenage et ont grippé tout le système.

L’abêtissement de masse, largement encouragé par les grands médias et la télévision commerciale, a atteint son apogée avec l’ère des réseaux sociaux où tout un chacun peut se défouler à loisir et étaler sa science, ses angoisses, ses interrogations et – surtout – ses fantasmes et son inculture à loisir.

Le mythe de la démocratie pure et le clic citoyen

Le Net a paradoxalement fait resurgir le mythe de la démocratie pure, celle à laquelle de nombreux penseurs rêvent depuis Athènes pour atteindre une démocratie représentative en prise directe avec l’opinion.

C’est dans ce contexte que l’idée de concevoir une démocratie sans les partis politiques a fait son chemin. S’appuyant sur la constatation qu’ils n’ont fait leur apparition qu’à la fin du xixe siècle, de nouveaux acteurs envisagent de les supprimer purement et simplement. C’est le cas de Beppe Grillo, le fondateur du mouvement italien cinq étoiles qui ne cesse de répéter qu’ils sont morts. Est-ce là une idée synarchique ? Non hélas, car Beppe Grillo continue à raisonner en termes d’État et d’exercice du pouvoir. Sa volonté est de réduire le poids des acteurs et de supprimer le rôle des partis : pas de structurer les gouvernés pour leur permettre de s’exprimer de manière raisonnée et raisonnable.

On a, dans ce domaine, l’éternel sentiment que la réflexion reste enfermée dans un moule étriqué où tout ne saurait ne se concevoir qu’en termes de pouvoirs politiques.

L’exemple italien est éloquent. Des penseurs, comme Norbero Bibbio, grand adepte du tirage au sort, envisagent de se passer d’institutions parlementaires en instaurant un rapport simple et direct entre gouvernants et gouvernés et où tout se déroulerait par des consultations sur le Net.

L’idée d’une démocratie « clic-citoyenne » est ainsi mise en avant. Dans une telle optique, chaque citoyen pourrait participer depuis son ordinateur aux processus décisionnels. Un proche de Grillo, Casaleggio, envisage même un retour au mandat impératif (vicolo di mandato), tel qu’il était pratiqué par les députés des États généraux.

Dans l’esprit de Casaleggio, ce retour à l’idée du mandat impératif, même s’il s’en inspire, n’a bien entendu rien à voir avec ce qui existât autrefois lors du rassemblement des États généraux.

Plus de réunions pour débattre, échanger les avis, faire des synthèses et émettre des vœux. Cette fois, chacun se retrouverait en solitaire derrière son ordinateur, répondant de manière aléatoire et d’un simple clic à des questions posées par on ne sait qui et portant sur on ne sait quoi.

Un tel système, s’il était appliqué, serait une régression qui s’avérerait pire encore que le système délégatif actuel. Ce serait abolir tout acte de réflexion et laisser les décisions entre les mains de gens encore plus influençables que les moutons électeurs actuels.

Dans l’histoire ancienne, quand les gouvernés étaient consultés lors des  États généraux, l’élection des députés se faisait de manière qualitative et non quantitative. Ce système permettait un mandat quasi impératif, limité aux cahiers. La mission des députés faisait d’eux les « avocats des cahiers ».

Dans les faits, la mission des députés consistait essentiellement à se faire les interprètes les plus fidèles de ceux qui les avaient désignés. Dans le respect du droit romain, dont elles s’inspiraient, les règles du mandat faisaient que la personne du mandataire devait s’effacer derrière celle de ses mandants. Le député ne pouvait qu’exprimer la volonté de ceux qui l’avaient délégué et n’engager qu’eux seuls.

On ne retrouve rien de cela dans le « clic citoyen » préconisé par nos modernes apprentis sorciers.

Des propositions concrètes

Revenons à la synarchie pour en définir les particularités.

Aujourd’hui, innombrables sont ceux qui se sentent floués, rejetés, oubliés et humiliés par une société déshumanisée. Un sentiment d’immense frustration a envahi toutes les couches de la société avec pour conséquences des révoltes, de la misère mentale et une désocialisation galopante.

La politique d’infantilisation du citoyen menée depuis 1791 a porté ses fruits. Les maîtres à penser ont voulu nous imposer leurs idéologies et ils se sont lamentablement vautrés. Si les gens et les jeunes en particulier fuient dans les drogues, les sectes ou partent faire la guerre à l’autre bout du monde pour des causes qui échappent au bon sens, ce n’est pas que de leur faute. C’est aussi la responsabilité d’un système qui les a déresponsabilisés, qui les a privés de tout espoir et de toute possibilité de communiquer. Le système politique actuel est au cœur de ce problème. Il en est le moteur principal. C’est pourquoi il faut d’urgence le réformer.

Qui peut se sentir satisfait par la perspective de choisir, en troupeau et tous les cinq ans, celui qui va lui tondre la laine sur le dos pour n’avoir ensuite qu’à plier l’échine, payer et avoir l’air satisfait puisque l’acte électoral est devenu une machine à fabriquer du consentement ?

Même le plus humble d’entre nous a pourtant une plus value de richesse à apporter à la communauté. Du fait même de notre différence, nous avons tous, en plus, ne serait-ce qu’un petit quelque chose que les autres n’ont pas. Cette richesse intérieure ne demande qu’à être mise au service d’autrui dans un vaste mouvement d’échange pour un enrichissement commun.

Cela, la politique, telle qu’elle est conçue aujourd’hui, ne le peut pas. La synarchie, par contre, le peut.

L’idée qui prédomine dans le système représentatif qui est proposé par ce livre, c’est que l’électeur, s’il ne dispose que d’un seul bulletin de vote, s’en sert immanquablement de manière totalement anarchique avec pour conséquence toutes les incohérences qui ont été dénoncées dans la première partie de l’ouvrage.

Dépasser le système actuel, en finir avec la contradiction républicaine qui est incapable de réaliser les grands principes de liberté, d’égalité et de fraternité qu’elle appelle de ses vœux, est l’essentiel du programme synarchique.

Pour cela, la synarchie propose que l’électeur dispose, non plus d’un seul bulletin « bon à tout faire », mais de trois bulletins lui permettant de préciser ses désirs et ses aspirations. Ceci afin de lui permettre de retrouver sa place au centre du jeu démocratique.

Que propose la synarchie ?

Le rejet du système parlementaire, s’il est légitime, peut mener ceux qui ne connaissent pas la loi sociale aux solutions les plus radicales. Ce n’est pas le cas ici. L’antiparlementarisme développé sur ce site a un fondement logique et humaniste présent dans l’inconscient collectif. Il est d’inspiration démocratique, profondément français dans ce que ce pays a de plus noble, de plus respectueux des autres et de plus pacifique. Il trouve son fondement dans ce vieux rêve d’une révolution de réformes née des anciens États généraux, où le peuple serait représenté dans toute sa dignité, usant de sa souveraineté et préparant lui-même ses lois.

Action et rénovation

En tant que programme d’action et de rénovation politique, le système réformateur qu’est la synarchie se présente comme une analyse de la réalité sociale, au terme de laquelle la vie de chaque communauté humaine, considérée comme un organisme clos, doit, pour être satisfaisante, réaliser une harmonie complète entre trois fonctions principales comparables à celles qui existent dans chaque être humain.

Présentées suivant la métaphore d’une « biologie sociale », ces trois fonctions sont les suivantes :

  1. La première, qui est à la base, correspond au corps de l’homme ; elle se définit en tant que « nutrition ». C’est l’économie.
  2. La deuxième fonction sociale correspond à l’activité et à la volonté. Elle assure les relations entre les hommes, par la voie de la législation et de la politique au sens large du terme. C’est la justice.
  3. La troisième, l’esprit, concerne la science, la religion et l’enseignement qui doivent guider toute l’activité humaine, puisqu’ils visent les fins dernières de l’homme.

À partir de ce schéma simple et mille fois répété par Saint Yves d’Alveydre, l’initiateur de ce système, se développe la deuxième idée essentielle du système synarchiste qui précise que, à chacune de ces fonctions, doivent correspondre des institutions spécifiques, organisées de telle manière que ces trois « pouvoirs sociaux » coexistent harmonieusement sans que l’un domine les autres.

Pour Saint Yves, les trois fonctions nutrition-relation-spiritualité n’existent pas seulement dans l’ordre physique et dans l’ordre social. Elles sont dans la nature même de l’homme, dans l’univers tout entier, visible et invisible.

Il ne s’agit pas là d’une simple vue de l’esprit et d’une utopie de plus mais d’un véritable programme d’utilisation immédiate applicable par des réformes simples à mettre en œuvre et toujours respectueuses du contexte historique et social dans lequel elles s’inscrivent.

Reprenons cela dans le détail.

Trois ordres sociaux

  1. À la base est l’ordre économique qui produit la richesse matérielle de la nation.
  2. Ensuite, c’est l’ordre juridique que tendent à former tous les jurys professionnels. C’est la conscience publique et la richesse morale de la nation.
  3. Enfin, vient l’ordre qui regroupe tous les corps enseignants et enseignés, à tous les degrés professionnels de l’enseignement. C’est la richesse intellectuelle de la nation.

Trois voix pour trois chambres sociales

Si les gouvernés veulent avoir des députés réellement dignes de ce nom, il faut que leurs représentants soient essentiellement des gouvernés et non, comme c’est le cas dans la grande confusion contemporaine, des gouvernants ou des figurants.

Il faut donc revenir aux fondamentaux séculaires en triplant le pouvoir électoral de l’électeur et en nommant des représentants dans trois Chambres sociales bien distinctes :

  1. Chambre de l’Enseignement national.
  2. Chambre de la Législation nationale.
  3. Chambre de l’Économie nationale.

Car il n’appartient pas aux représentants des gouvernés de voter les lois et de les faire appliquer. Cette action relève des gouvernants. De cette confusion vient tout le problème de notre système représentatif.

Un homme, trois voix…

Avec la Révolution de 1789, la démocratie s’est arrêtée en chemin. Nous avons certes, à force de luttes épiques, obtenu des droits, mais il nous faut désormais parachever le travail. Considérant l’électeur autrement qu’une simple machine à débiter des chèques en blanc, le système synarchique propose de lui donner trois bulletins de vote à fonction spécifique.

À chaque électeur correspondent trois députés. Trois spécialistes avec trois mandats spéciaux plutôt qu’un seul député politicien, bon à tout faire avec carte blanche. Trois chambres spécialisées et distinctes, au lieu d’une chambre à politiquer au nom de tous les intérêts à la fois.

En triplant le pouvoir électoral, divisant d’autant celui des représentants, les électeurs disposeraient ainsi de trois chambres sociales où les intérêts seraient précisément représentés et les droits défendus par la puissance du suffrage universel.

– En tant qu’êtres intelligents, les citoyens doivent pouvoir accéder gratuitement, comme pour l’éducation, aux propositions culturelles.

– En tant qu’êtres moraux, ils aspirent à perfectionner eux-mêmes les codes à mesure que les coutumes et les usages évoluent.

– En tant qu’énergie active, c’est leur droit de savoir où va le fruit de la richesse nationale qu’ils contribuent à accroître.

Pour atteindre ce but légitime, voici comment seraient constitués les trois pouvoirs sociaux de la nation, chambre par chambre.

1. Chambre de l’Éducation nationale

L’éducation est une fonction qui appartient aux gouvernés, l’État n’a aucun rôle à y jouer.

Richesse morale et intellectuelle de la nation, elle doit être libérée du fonctionnarisme et de toute influence politique.

Il convient donc de créer une Chambre de l’Enseignement national ouverte à tous les représentants des groupes de doctrine, jouissant des mêmes droits et élus en nombre égal.

L’idée est osée, puisqu’il s’agit d’ouvrir cette chambre à tous les courants intellectuels et spirituels.

Y seraient représentés les laïcs, mais aussi les confessions religieuses, sans oublier les minorités spirituelles, les universitaires et tous ceux qui comptent dans le vaste champ de la transmission du savoir.

Ce serait un formidable moyen de regrouper des personnes qui ont jusqu’ici fonctionné de manière isolée pour qu’ils puissent échanger dans l’intérêt tant particulier que général.

Aujourd’hui, l’éducation nationale est une affaire de politique et est devenue un enjeu pour des groupes de pression minoritaires qui s’ingénient à manipuler l’opinion. L’État, qui impose des réformes à un corps enseignant uniquement consulté pour la forme, sans tenir compte de ses aspirations, apporte la démonstration récurrente des limites du système qui nous régit. Ce corps enseignant, réputé irréformable, a-t-il quelque chose à gagner dans une situation qui se dégrade à vue d’œil, muselé par une haute administration qui le traite avec un évident mépris ? Ne trouverait-il pas son intérêt à être libéré de l’État et à se réformer par lui-même ?

Certes, l’application d’une telle réforme devrait d’abord surmonter certains obstacles, en particulier les préjugés qui opposent les uns aux autres en fonction de leurs options philosophiques ou religieuses. Mais quel poids les préjugés dogmatiques ont-ils, à terme, sur les réalités ?

Le courant laïc a voulu barrer la route à l’éducation dite privée : des centaines de milliers de gens sont descendues dans la rue. Le courant catholique, à l’époque de sa splendeur, en a fait autant pour son propre intérêt. Les mêmes causes ont produit les mêmes résultats.

Réunis dans une même chambre sociale, ces représentants des différents courants intellectuels auront certes tendance à se jauger, mais ils auront l’occasion de s’enrichir les uns des autres, d’aplanir leurs divergences, de s’ouvrir à la tolérance et de créer, peu à peu, un socle d’unité spirituel et intellectuel perdu depuis des siècles.

L’alliance des sectarismes et du pouvoir par le fonctionnarisme serait brisée, non par la destruction et l’oppression, mais par la création et l’affranchissement.

C’est là l’unique moyen de sortir de l’ornière de la féodalité intellectuelle dans laquelle croupit le monde occidental moderne.

Les membres de cette Chambre auraient également pour charge de soumettre à l’examen tout emploi dans la fonction publique.

Une question se pose : qui payera ? D’où viendra le financement puisque, dans ce système original, l’État n’aura plus à s’occuper de ce qui ne le concerne pas ? Qui supportera l’énorme budget de toutes ces écoles ?

Ce sera non plus l’État, mais la chambre de l’Économie nationale, dont il sera question plus loin.

2. Chambre de la Justice

Les organes et les représentants de la législation civile – chambre législative, magistrature, administration pénitentiaire, etc. n’ont également pas à relever de l’État.

Bien sûr, les forces de l’ordre que sont la police, la gendarmerie et l’armée relèvent naturellement du ressort de l’État pour assurer la sécurité intérieure et extérieure du pays.

Mais la législation civile, le code, les députés et les magistrats doivent être libérés de l’influence du pouvoir politique.

Faut-il que les législateurs et les magistrats soient les salariés fonctionnaires d’un pouvoir exécutif exposé tous les cinq ans à changer de ligne directrice et régulièrement de ministre et de mot d’ordre ?

Peuvent-ils sereinement attendre d’un État exposé à de pareils assauts partisans, distinctions, avancement et retraite ?

Rien n’est plus funeste à un pays et plus préjudiciable à l’ensemble des lois ainsi qu’à l’indépendance de la justice que la confusion entre le désordre politique et l’ordre civil, que la compromission du législateur et du magistrat dans les aventures passionnelles des partis.

La première condition pour perfectionner un code, c’est de le connaître, tout comme les usages nouveaux qui commandent et motivent le besoin de nouvelles lois. Les meilleurs spécialistes en la matière sont les magistrats les plus expérimentés, les conseillers d’État et ceux de la Cour des comptes. C’est au corps électoral d’avoir des commissions d’étude auprès d’eux avant le vote, et non pas les députés politiques une fois élus.

Il convient donc de libérer la législation civile de la politique politicienne en élisant les magistrats dans une chambre sociale spécifique.

Tout comme les membres de la Chambre sociale de l’enseignement, ces derniers seront payés par la Chambre de l’Économie nationale dont il va maintenant être question.

3. Chambre de l’Économie nationale

Cette Chambre devra représenter tous les intérêts économiques du pays, sans l’intervention de la politique des partis comme du gouvernement.

Il lui appartiendra de régler toutes les questions mises à mal, dont celles, épineuses, de la bourse, de la haute et basse banque, des établissements de crédit, des agences de change jusqu’aux questions relatives aux industries, depuis les grandes et les petites compagnies jusqu’à l’organisation de la liberté d’association, en passant par le moyen d’assurer les retraites.

Cette Chambre serait également chargée de voter les budgets nécessaires au bon fonctionnement des deux autres Chambres.

 

Les cinq doigts de la main

Saint Yves utilisait une image symbolique pour présenter cette Chambre sociale. Il la comparait à une main – la main du travail –, dont les cinq doigts sont l’agriculture, la finance, l’industrie, le commerce et la main-d’œuvre.

Dans le système qu’il propose, chaque électeur vote pour un représentant appartenant à sa propre catégorie professionnelle. Cela constituerait d’immenses syndicats dont les membres, élus par la base avec un mandat impératif, n’auraient que l’intérêt de leurs mandants à servir.

Dans une brochure, malheureusement écrite dans un style désuet, intitulée Mission des ouvriers, Saint Yves d’Alveydre résumait sa conception d’une société harmonieuse dans laquelle les pouvoirs sociaux des gouvernés équilibreraient les pouvoirs politiques des gouvernants. Voici ce qu’il écrivait :

« Ainsi, grâce à ces trois Chambres spéciales, tous nos intérêts seront menés et servis de front sans confusion, sans demeurer comme aujourd’hui dans le même panier, à la merci d’une oligarchie, marchepied fatal de la dictature et du césarisme.

Quant à l’État, que je distingue partout et toujours du gouvernement, vous voyez que, dans ce programme, il n’est pas du tout décentralisé, bien que le gouvernement le soit.

Quand ces trois Chambres siégeront, je ne vois pas en quoi l’État national sera amoindri, je le vois au contraire, avec sa couronne de forteresses et sa ceinture de canons, autrement plus imposant aujourd’hui et que jamais. »

Tel est l’édifice hiérarchique qu’appelait la tradition française en 1789. Elle concluait à un gouvernement trinitaire, autre que la République latine, autre que la monarchie césarienne, autre que le parlementarisme anglais ou américain. Et cette gouvernance originale pouvait se concilier à l’extérieur avec toutes les autres formes de gouvernement. La réorganisation scientifique des États généraux était la pierre angulaire de la Révolution ordonnée. Son rejet provoqua la révolution d’accident.

Est-il possible de fonder des dynasties non basées sur l’hérédité physique ? L’histoire répond par l’affirmative et montre que les dynasties mentales résistent bien mieux que toutes les autres au temps et aux événements. Je prendrai pour exemple la papauté, qui dure depuis près de dix-huit siècles, le Patriarcat de Constantinople et des Églises du Proche-Orient, le Généralat des ordres religieux, etc.

Si la Révolution française s’était orientée dans le sens indiqué, notre pays serait devenu le point central de l’évolution de l’humanité, sans guerre, et cela par le seul ascendant de la vérité, de la justice et de l’économie bien ordonnée. Nulle époque ne fut jamais plus favorable à cet aboutissement, qui tendait à ramener l’unité par la concorde au lieu d’aboutir à la fausse unité, celle obtenue par l’esprit de domination qui persiste depuis tant de siècles.

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Jean-Michel Grandsire

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